Le temps, le temps et rien d’autre
J’ai un calendrier qui a sauté 2 mois. Pas un jour de moins. Vous faites le compte, ce n’est pas sorcier puisque nous sommes le 14 mai, vous remarquez la même absence de 60 jours tout comme moi. Et je reviens aujourd’hui même. Pourquoi aujourd’hui plutôt que demain ou hier? C’est que aujourd’hui même sonne le “Je ne m’en peux plus de m’entendre dire que mon pendule a bloqué au 14 février”. Comme s’il y avait de l’amour dans l’air. Et que cet amour n’ait plus de cesse que de s’annoncer. S’annoncera, ne s’annoncera pas, le temps le dira. Il y a qu’il y a le temps.
Qui résonne. Qui tonne. Qui s’abandonne. Qui sais? Que sais-je? Où vais-je? Tant qu’à y être. Tout nous presse, tout nous interpelle, tout nous pousse et tout nous entraîne dans le flot incessant du rapido-subito-presto. Vers quoi? Dites-moi! Et si c’est pour se rendre plus vite…? À quoi sert de courir, si ce n’est pour se rendre plus vite dans le trou?
Vous me suivez? Je tente de me réapproprier le temps, ce temps qui m’appartient et qui déjà s’en est allé ailleurs dans d’autres lieux et…d’autres temps. Je tente d’apprivoiser le temps, de m’en faire une amie (alors que Moustaki tenta de faire une amie de sa solitude) , plutôt qu’une…empêcheuse de tourner…de marcher en avant. Vous me suivez toujours?
Un jour à la fois. Une heure à la fois. Un pas à la fois. Un temps à la fois. Car c’est aujourd’hui le temps d’avancer sur le pas d’une vie qui s’ouvre à l’infini. Vous me perdez? Pas sûr que je m’y retrouve moi non plus. Devant Einstein, je me sens bien petite. Toute la vie est relativité. Vous me revenez? L’heure est au “Ici, maintenant” et je sens de plus en plus de gens pressés par le temps, bousculés par des échéanciers, galvaudés par des impératifs dont ils ne maîtrisent aucunement les règles. Il en va ainsi de la vie. Un jour tu es, un jour tu n’es plus. Est-ce ainsi que (”Est-ce ainsi que les hommes vivent?” chantait Montant) se résume le chant d’une vie? Pas si vite! Justement, c’est ce sur quoi je m’arrête actuellement. “Et que le temps s’arrête” chante Adamo. Pourquoi pas? Si on essayait, un instant…juste un instant…(”Pour un instant” , c’est Harmonium). Çà vous dit de continuer sur cet air?
Le temps qui passe ne se rattrape plus. Proust en sait quelque chose. Le temps qui arrive est à saisir à gorge déployée, à mains ouvertes, à bras évaporés, à yeux surdimensionnés, à oreilles papillonnées, à jambes élastifiées, à coeur disponible.
Je ne suis pas. Je suis en train d’être. J’ai grandi sur ce leitmotiv. Il est criant d’actualité en ce jour même. Plus qu’hier. C’est dans cette optique seulement que le temps peut s’imposer à moi comme une amie.
mai 18th, 2007 at 20:16
labariteau !!!
Je le savais qu’elle écrivait bien ! C’est un bonheur et tout un plaisir que de découvrir son histoire, ses espoirs, sa réflexion, ses visions. Tout n’est que plaisir, intensité, rire, sourire, le tout enveloppé comme un rôti étranglé dans sa ficelle. On ne perd rien à la cuisson pas plus qu’à la lecture. Allez…foule ! On se lève et on applaudit.
mai 31st, 2007 at 17:51
Cher Lionel,
De votre plaisir gastronomique à me lire, vous me voyez ravie. De votre invitation à applaudir, vous me comblez. Car si la voix transite de la gorge pour émettre le son, le propos fait son nid où s’ensoleille le plexus. Pour vous dire, vous me saisissez tel un chat, dans tous ses états marchant autour du jardin du haut des clôtures, qui immobilise de surprise son cours, en pamoison à la croisée d’un papillon. Recevez, je vous prie, mes salutations distinguées.