Chronique d’une tempête annoncée

Heureuse constatation: la météorologie a bonne presse en ce siècle. À tout le moins pour le court terme, 3 jours, entendons-nous, c’est  pas si mal! Depuis jeudi soir que les météorologues nous martellent en tête l’arrivée imminente d’ une tempête de neige abondante, voilà que -Oh! Quel synchronisme! - le ciel procède au déversement de sa lourde charge blanche sur le Québec à 3:00 heures  du matin de dimanche, tic tac pile. Je lève mon chapeau à nos experts météorologues! Je me félicite d’investir en vos dires et touche le retour sur ma mise.  À l’heure dite, je suis à l’abri.

En ce samedi de veille calme, j’ai fait la tournée des épiceries en prévision de  2 journées entières de cocooning. Ma panse maintenant se délecte puisque mes facultés organisationnelles ont fonctionné 10/10.  N’y a-t-il rien de plus beau que d’observer de sa fenêtre une neige tomber? Et de plus agréable que de manier paisiblement une pelle au rythme nonchalant du  juste ce qu’il faut à  se frayer un libre accès jusqu’à la rue?

De mon 450, je respire à pleins poumons le vent de froidure qu’apporte cette fraîche bordée d’hiver. La tête blottie sous un capuchon bien serré, le cou encerclé à double tour dans un foulard, les pieds solidement ancrés dans des Sorel, les mains mitainées jusqu’aux coudes, je trace des sillons, j’élève des monticules, je dessine allègrement des serpentins avec  ma gratte. J’écoute le silence de midi  alors que les moteurs vromissants des jours de semaine dorment encore; je lève les yeux vers ce ciel bourré de ouate froide   en pensant aux sportifs et aux enfants. Il me semble que j’ai 10 ans.

Je suis bien. Une heure lentement s’écoule. Puis,  les joues rougies, le nez coulant, j’entre prestement et me secoue tout le corps   couvert de neige. Je suis épagneul. Je change de peau et  m’affaire en toute quiétude à la cuisine d’où mijotera bientôt une onctueuse sauce bolognese. Ail, épices, tomates et veau  parfument mon après-midi. C’est ce temps que choisit mon voisin pour mener sa souffleuse jusqu’à mon entrée y clairant la voie dans sa totale. Je me dis que ce geste de solidarité mérite bien un plat de sauce ou une bouteille de rouge. Après tout, les bonnes relations s’entretiennent!

À demain donc, cher voisin. Le bon voisinage vaut l’attention qu’on se porte. Ce n’est pas un ilot, le 450!  Avant que j’aie sonné à ta porte, le soleil aura fait place aux étoiles. Le corps alourdi et rassasié, je me  blottirai sous la douillette. Je laisserai mes pensées s’égarer dans un fondu et  m’endormirai le coeur léger . Quand nous nous verrons, nous parlerons de tout et de rien. Comme d’habitude. Nous parlerons du temps qu’il fait.

2 Responses to “Chronique d’une tempête annoncée”

  1. Griffon Says:

    Ouain! le bonheur est au rendez-vous dans cete tête là!

  2. Suzanne Says:

    Ma chere Diane,
    Un autre texte merveilleux! Félicitations. Pourtant, il a été écrit au début de l’hiver. Cet hiver a dû te coûter plusieurs bouteilles de rouge ou de plats de sauce. Je suis heureuse de savoir que tu as un gentil voisin. Tu dois en écrire un autre sur tes sentiments de cet hiver avant que la neige fonde et que tu vois le bord de ta piscine.
    A bientot,
    Suzanne

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