Un chat parmi les Paulinoises
Comment une rencontre sur toile de fond de méditation devient-elle l’avant-plan d’une adoption ? Rien de tel qu’ une fraîche journée ensoleillée et une atmosphère amicale pour émoustiller une impromptue témérité.
Nous sommes une quinzaine de femmes à parler de nos états d’âme, de corps et d’esprit, à nous réjouir d’être ensemble, de nous écouter et nous entendre, de nous comprendre et nous aider. Nous sommes une quinzaine de complices qui nous donnons coups de pouce et élans du coeur en prévision d’ un déménagement, soulignons un changement de saison - Aux piscines toutes! -, allégeons un garage bondé de marchandises pour un encan à venir, pensons fort à l’une d’entre nous- ou à un de ses proches - malade, en convalescence ou en deuil. Nous sommes une quinzaine de compagnes en tournée tantôt chez l’une, tantôt chez l’autre, à chaque quinzaine de journées d’été; plus souvent si Pauline nous a “callées“. Nous nous en tenons - nous nous tenons - nous tenons - un matin/semaine le reste de l’année. Nous pratiquons ensemble une saine activité: 20 minutes de méditation dirigée, 20 minutes de silence obligé. Fous-rires, dégagez la route s.v.p! Pour le 20 minutes sacré des “Paulinoises”. Les Paulinoises. Un nom que je nous ai donné. Un nom arrivé tout bonnement sans y penser. Comme les noms m’arrivent des fois. Vous verrez.
Les Paulinoises comme dans Pauline. Nous sommes les “Paulinoises”. Nous le devons à Pauline. Pauline l’instigatrice, le moteur, le nerf central de notre chaîne vibrante d’amitié vivante. À mille lieux d’une chaîne de lettres. Je ne vous passe pas de papier. Chacune d’entre nous, au gré de son temps, de ses fantaisies, de ses envies, de sa disponibilité et à sa façon en resserre les liens.
L’une de nous, Francine, aime les chats. Elle en a un; une chatte aussi ce qui fait deux; quand elle garde celui de son fils en voyage, elle en a trois; et en ce moment, elle nourrit un chaton errant, le compte s’arrête à quatre. À l’étape des présentations, le chat dehors est SansNom. Pas la marque, là! Pour que le chat sans nom fasse sa marque - je sens qu’il laisse déjà sa trace - je propose Charlot. J’ai bien déjà une chatte qui s’appelle Charlotte et je détecte chez ce chat un talent pour la pose et le regardez-moi. Pas de remue-méninges aujourd’hui. J’efface le “e”, j’envoie virevolter un “t”, je masculinise. Va pour Charlot. Va pour son nom. J’en suis où exactement? Je me mêle de quoi au juste? Je ne tarderai pas à identifier une autre de mes avancées.
- Quelqu’un aimerait avoir ce chat? demande Francine.
Je me surprends à répondre instantanément pendant que je flatte le chat et l’examine sur toutes ses coutures.
- Faut voir. J’ai déjà une chatte, mais…
Qu’est-ce qu’il me prend d’en rajouter?
- Il est si gentil. Je pourrais essayer. Voir comment ça se passe avec ma chatte. Elle est sauvage, ma chatte. Nerveuse. Craintive. Mais…
- Vraiment? Tu aimerais le prendre chez-toi? s’empresse de dire Francine. Je suis même prête à te l’amener jusqu’à ta porte. Quand tu voudras. Tu sais, je ne peux me résoudre à le faire euthanasier. Tu comprends? Il est si affectueux…et intelligent. Regarde ce qu’il est long quand il s’étire. Regarde comme il est beau! Tu penses comme moi! Quel âge il a, tu crois? Il est fin, hein! Écoute… Il ronronne.
En verve, la Francine. Et puis moi! Bien moi! Comment je fais pour me ressaisir? Je me suis mouillée! Déjà . Comment je fais pour reculer maintenant que je manifeste de l’intérêt et que je me surprends à …presque le trouver beau? Contre toutes attentes - les miennes -, je continue en plongée. Ne me reste plus qu’à nager vers une autre rive.
- Je pars en camping dans deux semaines. Tu pourrais le garder? Sinon, je lui laisserai à manger dehors ici. Dans un mois, il pourrait avoir rendez-vous chez le vétérinaire pour sa castration. J’ai de l’information sur une fondation pour chats errants. Ces gens nous permettent d’obtenir l’intervention pour pas cher. Je t’arrange tout ça. Ça te va? Les griffes, tu veux qu’on lui laisse ou pas?
Non, mais je n’arrête pas de parler! Plus je me dis que je ferais mieux de me taire plus mon verbiage m’enfonce.
-On lui laisse. Il va dehors. Un chat qui va dehors, c’est mieux qu’il ait ses griffes, tu ne penses pas?
- Il y a juste que je crains d’être à Québec au moment du rendez-vous. On pourrait en profiter pour l’essai chez-toi! de dire Francine qui m’achève avec son “closing”.
Houuu! Ça y est, je touche le fond! Moi et ma sensibilité aux chats aussi! Mine de rien, je me suis embarquée pour 20 ans. Et j’ai rien vu venir. Bon! Bien! Puisque Francine se réjouit tellement d’avoir trouvé un foyer à ce chat. Pas de panique. Ramenons ma tête sur ses épaules. Il ne s’agit bien que d’un essai après tout. À l’instant où mon cerveau remonte sur son socle et prend une bouffée d’ air, le mot fatidique s’échappe.
- Oui.
Je fige totalement.
- Alors, je t’appelle bientôt, me dit Francine, les yeux pétillants de joie.
Francine n’oubliera pas de m’appeler. Ainsi débute l’histoire du chat que j’ai rencontré chez une Paulinoise. Qui fera bientôt l’objet d’une correspondance virtuelle entre Francine et moi.
Comme je lui avais demandé, Francine s’est évertuée pendant un mois à appeler le chat: Charlot. Toutefois, ceditnommé chat rendu en ma possession ou plutôt en possession de ma maison, que dis-je, en possession de l’extérieur de ma maison, un soudain frisson parcoure mes neurones dans la région des noms. L’heure a sonné de sceller officiellement mon digne statut de propriétaire. Chat, je te renomme: Victor.
Victor, comme dans dehors.
octobre 7th, 2008 at 7:58
Eh ben! un petit Victor, j’aime bien ce nom. Félicitations pour ce nouveau membre dans ta famille.