Archive for octobre, 2008

La cigarette

Mardi, octobre 21st, 2008

On me demande d’écrire un texte traitant des gens que je rencontre au Centre d’Abandon du tabagisme depuis maintenant 5 semaines. J’avoue bien humblement éprouver certaines difficultés à disserter sur le sujet. Non que  le sans-fumée ne me tienne à coeur. Au contraire, mon coeur j’y tiens! Tout autant que je tiens à la peau qui enrobe mes dents! Si vous désirez que je me relise entre les lignes, c’est à cause de mes gencives que j’ai cessé de fumer. À près de 800 $ l’intervention parodontiste, on peut bien jeter toutes ses intentions de paquets de cigarettes par la fenêtre et tant qu’à y être le camion qui les transporte avec!

J’ai des étincelles de rugissements de résidus de nicotine, vous dites! Je pense bien que oui! Et même si vous permettez que je vous simplifie la vie, j’ajoute que le timbre de nicotine m’étampe fort le bras et que cà colle persistant ce timbre-là. Comprenez-vous? Fort en colle. Faible en nicotine. Direction Centre d’Abandon du tabagisme. Je suis en manque de fumée. Je suis en manque d’inspiration. Tout le monde sait cela: ce qui s’écrit bien, s’écrit bien mieux en fumant.

Je n’ai encore rien dit sur mes compères, commères (hein!?!), confrères, consoeurs, nouvellement rencontrés dans le cercle des initiés sans cigarette. Je passe tellement de temps à disséquer mes propres pensées qu’il m’en reste bien peu pour transcrire un quelconque compte-rendu des soubresauts mentaux d’occasionnels congénères mis sur ma route par une coïncidence passagère d’intention louable: cesser de fumer.

Vous me demandez: où suis-je? À la même place que vous: à chercher un sens aux mots. Je serai donc très brève et me restreindrai, je vous préserve, à l’introduction de quelques participants ex-fumeurs.

1. Il y a François qui me complimente sur la montre que je porte au bras, souhaite obtenir mon adresse couriel et tire de sa bibliothèque “J’arrête de fumer” qui s’y empoussièrait depuis 10 ans. 2. Il y a Nicole en retard le premier soir, au cellulaire qui sonne la deuxième semaine, pas certaine de désirer arrêter à la troisième rencontre et fume une seule et unique cigarette quotidienne au bout d’un mois. 3. Il y a Yvon, cycliste éclopé-réchappé d’une collision avec…un autre cycliste, j’en ris encore, c’est pas gentil; exit cigare, cigarillo, cigarette; son corps d’athlète s’est alourdi de 10 lbs. 4. Il y a  Michel, le célibataire qui travaille dehors; il ne parle à personne, regarde, écoute, on ignore son nom, son prénom; à la 5e semaine, il s’exprime et on regrette presque son silence alors que ses mots fendent l’air au couteau: il a l’humour arrogant. 5. Il y a Donald qui a commencé les sessions à l’autre bout de la table des  vingt; sourire accommodant, humeur facile, bon tempéramment, il avance tranquillement de semaine en semaine car on ricane de mon côté, il est assis juste sous mon nez.

(pause fraises-chocolat)

Victor, Francine et moi

Mardi, octobre 21st, 2008

Trois textes extraits d’une correspondance virtuelle entre Francine et moi ayant pour objet: Victor.

1. Des nouvelles de Victor le 17 août 2008

Allo Francine,

Hé oui! Je t’apporte des nouvelles de Victor.

Il est calme, docile, agile et fort. Tu savais, hein? Il s’adapte bien à son nouvel environnement. Ce qui a quand même donné lieu à quelques péripéties. Tout d’abord, il va de soit que Charlotte tient à préserver sa place de reine de la maison. Les 2 premiers jours furent particulièrement sportifs avec des “ouche” et “scrouch” à un rythme assez constant. Je me suis documentée et ai convenu d’établir les quartiers de Victor au sous-sol avec litière, bols et couche privée. Les 2 minous ont apprécié. Ensuite, il s’ agissait de répandre tranquillement les odeurs de l’un et de l’autre par des visites individuelles des lieux respectifs et communs. De la haute subtilité!

Ainsi donc, Victor dort au sous-sol. Une nuit j’oublie que j’ai laissé une enveloppe de friandises de chats; le coquin, il a déchiré l’enveloppe et tout gobé! La nuit suivante, je laissai la fenêtre du sous-sol à peine trop ouverte, le moustiquaire. Le « vlimeux », il a déchiré le grillage et passé la nuit dehors. C’est le lendemain matin, en ouvrant la porte avant que je le reconnu escorté de 2 acolytes de chats du voisinage venus le ramener à la maison. Tout content, il se dirigea vers moi et d’un élan déterminé atteignit ses quartiers. C’est depuis ce vagabondage nocturne que je le laisse sortir toute la journée. Le soir venu, vers 16-17 heures, je le rentre et dors tout son saoul.

Il commence à grimper les arbres et arpenter les clôtures. Il me suit partout et répond à l’appel de son nom. Par dessus tout, il est attachant et débordant d’affection.

Selon mes recherches, l’acclimatation des 2 chats peut prendre 2 jours, 2 semaines, 2 mois. Victor, c’est pas de trouble. Il se plie aux caprices de Charlotte en ce sens qu’il ne tient pas à avoir le dessus sur elle.  La dominante, c’est elle. Le socialisé, c’est lui. J’ai ainsi une chatte coquette, capricieuse et toute féminine à l’intérieur et un chat confiant, solide et viril à l’extérieur. Belle image de la vie, quoi!

Ah! Oui! J’ai muni Victor d’un beau collier « safe cat » qui s’illumine la nuit, au cas…Il lui sied comme un gant, il est noir et blanc. Il a l’air chic et élégant avec ce collier. Et il a aussi son identification enroulé dans un mini-tube. Tout est kasher!

Nous serons en contact toi et moi au téléphone, car, tu te doutes bien, j’ai besoin des coordonnées pour le vaccin et la stérilisation. Pour ce qui est des griffes, je lui laisse : il ne fait aucun mais alors aucun grabuge. Il a adopté la causeuse du sous-sol et le côté gauche…pas le droit. Tiens toi!

J’ai sorti les jouets qui n’avaient aucun attrait pour Charlotte. Il y en a un qu’il adore : 5 pompons reliés par une corde élastique, comme un bracelet. C’est quasiment sa doudou. Vraiment, il a une belle personnalité. Et mange en glouton!

Comme tu vois, les histoires de chat inspirent en masse la scribe que je suis. À part ça, toi, tu vas bien?

Il serait sympa que tu viennes souper à la maison un de ces quatre, tu verras Victor et puis on pourra jaser de plein d’autres choses. Après tout, on mène nos vies aussi. Et c’est pas des vies de chat!

A+

Bonjour la bariteau,

Je suis très contente, puisque je pourrais revoir Victor à l’occasion. J’ai ma mère de 92 ans chez moi 2 jours.

Je te reparles.

Francine

2.  Victor chez le vet le 27 août 08

Bonjour Francine,

«  Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. » Ainsi, cette phrase de Lamartine résonne dans mon esprit depuis que Victor a été conduit chez le vet. Bon sang, que ça vient nous chercher ces petites bêtes-là! Bêtes! Pourquoi on dit « Bêtes » quand elles ne sont pas bêtes du tout? Je sais bien qu’au moment où je t’ écris tu n’es pas là. Tu savoures ton escapade avec le beau temps que le ciel t’amène. Et il est superbe. Je t’écris quand même car tu es la meilleure personne à qui je peux parler des derniers évènements avec Victor. Tout d’abord, avant de verser dans mes épanchements émotifs, je te mets au fait de l’horaire : j’ai laissé Victor chez le vet en fin de journée (mercredi le 27). Il passe la nuit et est opéré demain matin le 28. Ensuite, je téléphone en après-midi pour prendre des nouvelles car on le garde une autre nuit pour s’assurer que tout s’est bien déroulé. Et je passe le prendre vendredi le 29, après ma visite chez le chiro prévue à 11h15 (je vais voir de ce côté à devancer un peu l’heure…pour revoir Victor plus tôt). De chez le vet (l’heure sera à préciser), je pourrai rouler jusqu’à chez-toi. Et nous verrons ensemble « le chat dans tous ses états » !

Charlotte et Victor se côtoient maintenant à 3 pieds l’un de l’autre.  Ça me coûte cher de friandises mais, il faut ce qu’il faut quand on suit la procédure d’acclimatation. Charlotte est hésitante en mode « dégustation » mais y arrive (dans le processus de rencontre, il est suggéré d’offrir des friandises aux deux chats qui apprennent à cohabiter). Victor, Eh ! Bien! C’est Victor, il dévore d’un trait! Et attend toujours la prochaine bouchée! Hier, je me suis étendue sur le lit en bas dans les quartiers de Victor et on roupillait en « cuillère ». Faut le faire! Il est a-do-rable. Je l’ai sorti dehors au lever ce matin, il va moins loin car la limite de territoire est établie avec un chat noir du voisinage. Victor a reçu le message à coups de cris et de griffes. Son corps en a pris un coup (surtout dans les oreilles et près du cou). J’étais toute bouleversée de cette aventure territoriale. J’entendais les gémissements mais ce n’était pas sur mon terrain, je ne pouvais rien faire. Juste attendre le retour de Victor. Il est revenu un peu pantois, à demi-éberlué; reconnaître la maison l’a rassuré, c’est le moins qu’on puisse dire. Tout ceci c’était il y a 3 jours – pas ce matin. Il continue à me suivre pas à pas tel un chat-chien et accourt dès que je l’appelle.

Revenons à aujourd’hui. Je saisis mes effets et la cage d’osier avec Victor dedans et prends la route pour Châteauguay. Le trajet est long par la 30. Victor est craintif. Il gémit. La cage ne lui convient pas. Comme si ses odeurs n’y étaient pas ! J’aurais dû changer de couverture et en prendre une à lui. Voilà mon erreur. Il tremble, il a peur. J’en suis à mon tour très nerveuse. J’ouvre la cage. Il va dans tous les sens. Ceci dure jusqu’à l’arrivée. Alors que je m’égare, que je cherche les indications et que j’arrive enfin. Je lui mets la laisse. Ce qui n’améliore en rien son émoi. Je le prends dans mes bras. J’ai du poil partout. J’entre chez le vet. Il sent les odeurs et se calme. Puis, soudains, une espèce de mastodonte de chien noir qui doit faire 20 fois son poids entre chez le vet. C’est l’état d’alerte. Victor ne se peut plus. Il  s’hérisse, courbe le dos et tremble à nouveau. Je passerai la rencontre avec la réceptionniste dans son alcôve au pied de sa chaise. Je n’ai pas le faciès très souriant, je suis prise de court et me demande si j’ai bien fait de l’amener ici. Mais, puisque j’y suis! Une grande respiration. Quelques questions. Victor se laisse rassurer dans mes bras et ceux de la réceptionniste. Qui me précise qu’il n’y aura pas de points de suture ! Quoi! Pas de points de suture! C’est une intervention mineure. Ça se referme tout seul. Puisque vous le dites! Jésus, Marie, Joseph! 

Victor est dans les bras de la réceptionniste qui s’apprête à le descendre dans une cage. Victor me regarde avec ses yeux craquants. Que me dit-il? Je me prends à penser qu’il me dit de ne pas m’en faire, tout va bien aller. Seulement, il y a que je pense à lui. Lui qui pleure peut-être de ne pas être à la maison, de ne pas jouer avec moi, de ne pas rouler de mes caresses. Deux jours, juste deux jours. Tout ce que je souhaite, c’est que l’intervention se passe numéro un. Et que Victor revienne comme un Victor encore plus Victor. Fin, doux et cajoleur. À mon arrivée, Charlotte a semblé chercher Victor. Tiens! Et puis, il y a des bas qui traînent partout dans la maison (c’est le mode d’acclimatation olfactif). Sa chambre est vide sans lui. Eh! Qu’on s’attache vite ! Je te comprends, va! D’avoir connu cet attachement à Victor. Il est irrésistible. Et toi, comment vas-tu? Appelle-moi quand tu reviens. Tu as une bonne âme de m’avoir lu jusqu’au bout.

Bises et miaou,

3. Aux portes de Victor le 16 septembre 08

Chère Francine,

Tu vas bien? J’espère te voir vendredi et je t’apporterai les laisses que tu m’avais prêtées. Notre chat-chien n’en a pas besoin! D’ici à ce vendredi, je t’envoie quelques phrases qui me trottaient en tête.

Victor est dehors. Chaque soleil levant – éclaircies à vue ou nuages dominants - voit notre Victor délaisser ses quartiers avec un indéniable empressement. Chaque matin, Victor - le chat qui vient de dehors aime aller dehors – fait le tour de son territoire et rappelle à toute la faune environnante sa dominante présence . Plus personne n’en doute : portes grandes ouvertes sur le jardin.  Le jardin lui appartient.

Du matin au soir, Victor se lèche les babines d’aise. Quoique à part quelques sauterelles et papillons, il est bien peu en quête d’appât à déguster : preuve à l’appui que je le nourrit bien.  C’est par pur amour du jeu et de l’exercice que Victor taquine marmotte sous le cabanon – la pauvre! Compliqué, se remplir l’estomac avant l’hibernation avec ce chat qui rôde! – écureuils au pluriel et minous du voisinage. Je ne lui ai trouvé aucun intérêt pour les oiseaux à ce jour. Mais les chats!  Il a fait son compte du chat noir d’une bataille en règle avant sa castration et ce premier ne fait plus partie de notre décor. Le gros chat blond a fait l’objet de 2-3 poursuites; vu pour la dernière fois la semaine dernière. Le dernier en lice est un tigré insistant; je crois sentir que les pendules sont à l’heure depuis hier suite à un face à face, quoique Victor semblait chétif et penaud devant un plus gros que lui. À suivre. Dans la maison – nous entrons dans le vif du sujet - , la peur qu’a Charlotte de Victor est inversement proportionnelle au temps que je consacre quotidiennement à la gestion des portes. Oui, en ce moment, c’est ce que je réussis le mieux à gérer. J’en tire expérience, connaissance et leçons.

Salle de bain - Fermer la porte. Sinon, Charlotte s’y blottit dans le coin de la toilette, très mauvaise idée puisque Victor va la rejoindre le temps de dire « trop tard » Me voilà quitte pour une prime d’odeur que je mettrai 3 jours à éradiquer : Charlotte a uriné de peur.

Chambre de Charlotte – Fermer  la porte quand Victor est dans la maison, question de lui rendre l’accès impossible; pendant ce temps, Charlotte est enfermée dans la salle de bain ou ma chambre.  Variante : Fermer la porte après y avoir attiré Charlotte (la prendre dans mes bras est un risque mal calculé alors qu’elle tente de chasser Victor puisque la morsure est au bout des dents); si Victor est dans la maison, il miaule au pied de la porte de ladite chambre (pour entrer, pour jouer qu’en sais-je?), il glisse la patte sous la porte (pour la taquiner, pour l’excéder, qu’en sais-je encore?), il fait de même sous la porte persienne de la lingerie (qu’il réussit à ouvrir sans peine…et que je refermerai), il fait le tour de ma chambre, va dans la cuisine et demande à ressortir dehors. J’attends une demi-heure que Charlotte se soit calmée à la musique classique (elle aussi) et j’ouvre sa chambre. Ouvrir la porte quand Victor est dehors pour laisser librement aller et venir Charlotte à la nourriture et la litière. Ce qui me mène à la porte de la…

Cuisine – Fermer tout le temps (moustiquaire s’entend) sauf pour faire entrer ou sortir Victor. T’avais deviné?

Ma chambre – Ouverte sauf si Charlotte est dedans…pendant que Victor fait sa tournée domestique.

Le sous-sol – Ouverte le jour…pendant que…des fois que…Charlotte y laisse quelques furtives odeurs (c’est bon pour son moral et les phéromones). Fermer la nuit, il y a le chat qui dort…méfions-nous! Enfin le moment privilégié des caresses où Victor et moi sommes fin seuls. Je m’étends sur le lit, il vient m’y rejoindre en tournoyant, s’installe, se frotte la joue contre la mienne,  tournoie, se réinstalle, se frotte l’autre joue contre la mienne comme il a changé de côté, tournoie, ronronne et puis bon, s’installe. Je respire, je me calme, il se calme, je me repose, il s’endort… Je me lève, il se réveille, il me regarde l’air de dire « tu t’en vas déjà », il fait la boule sur la causeuse et je monte me coucher dans ma chambre sur un « Bonne nuit! »…

En fermant la porte.

A+

Bonjour la bariteau,

Je ne serai pas là vendredi, mais au colloque à Ottawa. Je reviens dimanche.

J’aime beaucoup te lire. Sourire du début à la fin. On devrait garder tes textes*. Quel talent je le répète**.

La cigarette vaincue***?

Francine

n.d.l.r. Comment feindre d’ignorer une telle suggestion? En particulier pour toi, Francine, je copie-colle sur le blogue.*

n.d.l.r. Comment faire la sourde oreille à un tel compliment? Merci de m’inciter à écrire et à persévérer, Francine. **

n.d.l.r. La cigarette? J’en suis à ma 50e journée sans tabac.***