La cigarette
On me demande d’écrire un texte traitant des gens que je rencontre au Centre d’Abandon du tabagisme depuis maintenant 5 semaines. J’avoue bien humblement éprouver certaines difficultés à disserter sur le sujet. Non que le sans-fumée ne me tienne à coeur. Au contraire, mon coeur j’y tiens! Tout autant que je tiens à la peau qui enrobe mes dents! Si vous désirez que je me relise entre les lignes, c’est à cause de mes gencives que j’ai cessé de fumer. À près de 800 $ l’intervention parodontiste, on peut bien jeter toutes ses intentions de paquets de cigarettes par la fenêtre et tant qu’à y être le camion qui les transporte avec!
J’ai des étincelles de rugissements de résidus de nicotine, vous dites! Je pense bien que oui! Et même si vous permettez que je vous simplifie la vie, j’ajoute que le timbre de nicotine m’étampe fort le bras et que cà colle persistant ce timbre-là. Comprenez-vous? Fort en colle. Faible en nicotine. Direction Centre d’Abandon du tabagisme. Je suis en manque de fumée. Je suis en manque d’inspiration. Tout le monde sait cela: ce qui s’écrit bien, s’écrit bien mieux en fumant.
Je n’ai encore rien dit sur mes compères, commères (hein!?!), confrères, consoeurs, nouvellement rencontrés dans le cercle des initiés sans cigarette. Je passe tellement de temps à disséquer mes propres pensées qu’il m’en reste bien peu pour transcrire un quelconque compte-rendu des soubresauts mentaux d’occasionnels congénères mis sur ma route par une coïncidence passagère d’intention louable: cesser de fumer.
Vous me demandez: où suis-je? À la même place que vous: à chercher un sens aux mots. Je serai donc très brève et me restreindrai, je vous préserve, à l’introduction de quelques participants ex-fumeurs.
1. Il y a François qui me complimente sur la montre que je porte au bras, souhaite obtenir mon adresse couriel et tire de sa bibliothèque “J’arrête de fumer” qui s’y empoussièrait depuis 10 ans. 2. Il y a Nicole en retard le premier soir, au cellulaire qui sonne la deuxième semaine, pas certaine de désirer arrêter à la troisième rencontre et fume une seule et unique cigarette quotidienne au bout d’un mois. 3. Il y a Yvon, cycliste éclopé-réchappé d’une collision avec…un autre cycliste, j’en ris encore, c’est pas gentil; exit cigare, cigarillo, cigarette; son corps d’athlète s’est alourdi de 10 lbs. 4. Il y a Michel, le célibataire qui travaille dehors; il ne parle à personne, regarde, écoute, on ignore son nom, son prénom; à la 5e semaine, il s’exprime et on regrette presque son silence alors que ses mots fendent l’air au couteau: il a l’humour arrogant. 5. Il y a Donald qui a commencé les sessions à l’autre bout de la table des vingt; sourire accommodant, humeur facile, bon tempéramment, il avance tranquillement de semaine en semaine car on ricane de mon côté, il est assis juste sous mon nez.
(pause fraises-chocolat)
octobre 28th, 2008 at 7:59
Félicitations pour avoir arrêter de fumer. Remarque qu’après 7 ans et 9 mois, l’idée d’une cigarette me traverse encore l’esprit, mais ça dure pas…….une chance.